Parole de dirigeant #1 avec Laurent Vimont de Century 21

Après notre série Parole d’Expert lancé il y a quelques années sur ce blog, nous avons le plaisir d’aller de nouveau à la rencontre d’acteurs experts dans leur domaine, à la fois hyperconnectés et sur le terrain: à savoir les dirigeants d’entreprise, et plus précisément les « Social Dirigeants ».

C’est dans le cadre d’une étude sur les activités des dirigeants sur les réseaux sociaux (en cours de réalisation et qui sera publiée très prochainement) en partenariat avec le MBA Spécialisé Digital Marketing & Business de l’EFAP dirigé par Vincent Montet, que nous avons eu l’idée de lancer cette nouvelle série d’interviews.

Nous avons donc eu la chance pour notre 1ère Parole de Dirigeant d’aller à la rencontre de Laurent Vimont, Président de Century 21 France et dirigeant hyperactif sur les réseaux sociaux.

Bonne lecture !

laurent vimont century 21

Quelle utilisation professionnelle faites-vous de vos propres comptes sur les réseaux sociaux ?

Laurent Vimont : L’idée est d’en faire un haut-parleur pour informer le réseau de l’ensemble des actions menées par Century 21 France, que ce soit au niveau des relations presse et des retombées des conférences presse, ou de nos résultats. Nous avons obtenu pour la 3e fois la 1re place du Trophée HCG sur la qualité de service. Le fait de relayer cette information témoigne de l’importance que j’y accorde. Les réseaux sociaux sont des amplificateurs d’action qui permettent d’alerter à la fois le réseau, les conseillers et les assistantes, et également les consommateurs.

Globalement, j’ai toutefois mis un ensemble de barrières à ma communication. Il y a les 3 P : professionnel, personnel et privé. J’ai choisi d‘explorer le terrain professionnel, le terrain personnel mais je n’aborde jamais le terrain privé. Je parle au nom de Century 21 sur de nombreux sujets mais aussi à titre personnel sur un match de football par exemple… Je réagis à chaud mais ma famille n’est jamais exposée.

Il y a des entreprises dans lesquelles le PDG doit s’exposer naturellement

Selon vous, le dirigeant d’une grande entreprise se doit-il d’être actif sur les réseaux sociaux et, si oui, pourquoi ?

C’est très compliqué. Il ne faut pas avoir l’esprit manichéen et considérer que c’est bien ou mal. Il y a des entreprises dans lesquelles le PDG doit s’exposer naturellement car il a par exemple une activité commerciale. Mais certains dirigeants d’entreprises qui exercent des activités dites sensibles ou en BtoB n’ont pas forcément intérêt à s’exposer.

En revanche, le dirigeant d’une entreprise en contact avec les clients doit prendre la parole en s’organisant sur le territoire qu’il a envie d’investiguer pour 2 raisons principales : la 1re est qu’il reste le meilleur ambassadeur de sa marque ; et la 2e, est qu’il doit se montrer exemplaire s’il a envie que les collaborateurs le suivent.

S’il ne souhaite pas être exposé, alors il ne doit pas y aller. Mais s’il souhaite que les collaborateurs s’emparent des outils, l’effet exemplaire est générateur d’engagement. Mon compte est suivi, scruté, tweeté et retweeté par une grande partie du réseau, parfois plusieurs dizaines voire centaines de fois.

Pensez-vous que ce soit bénéfique pour Century 21 ?

Certaines sociétés il y a 60 ans ne voulaient pas du téléphone ! D’autres rechignaient à installer le fax. Ma conviction est que les choses vont plus vite aujourd’hui qu’à cette époque. L’avantage pour une entreprise de taille moyenne est d’avoir accès à des outils extrêmement puissants. Il y a quelques dizaines d’années, quand on allait taper à la porte d’IBM pour avoir un outil, il fallait débourser plusieurs millions de francs. Aujourd’hui, ces outils sont en libre-service gratuitement et c’est la prime à l’audace, au test et au droit à l’erreur.

En tant que dirigeant, je prends un malin plaisir à attraper les tweets de clients mécontents avant le community manager de Century 21 France. C’est une compétition entre nous ! Cela fait même parfois partie de mes réunions.

Et vous trouvez le temps pour le faire ?

Je dois avoir un cerveau féminin multitâche : je peux assister à une réunion, lire un email, regarder mon ordinateur et répondre à un commentaire sur Twitter. C’est une question de volonté. Le temps n’est qu’un prétexte, on le trouve si on en a la volonté.

Cela m’a même conduit à faire des erreurs personnelles, à être trop engagé à la maison et de décider de mettre mes téléphones dans une boîte quand je rentre chez moi pendant 2h. Quand je fais quelque chose, c’est pour être le meilleur.

Je conseille de se faire accompagner par un professionnel pour comprendre les bonnes pratiques et vérifier que le post ou le tweet est conforme à la morale

Quel type d’accompagnement ou d’autonomie vous semble utile dans ce type de processus ?

Il y a une initiation nécessaire et un apprentissage au cours duquel on va par exemple créer un compte, voir ce qu’il se passe, s’abonner et prendre l’habitude de se connecter pour voir comment ça fonctionne. En tant qu’ancien maître-nageur, j’ai pu observer que la pratique est mieux que la théorie. On peut vous expliquer pendant 107 heures les mouvements au bord de la piscine mais tant qu’on ne vérifie pas dans l’eau que ça fonctionne, ça ne marche pas ! Quand il faut y aller, il faut y aller.

Donc passez un peu de temps à voir ce qui fonctionne ou pas, ce qui vous plaît, les commentaires, à apprivoiser l’outil… puis faites vos 20, 30 ou 40 premiers tweets avec quelqu’un dont c’est le métier. J’ai eu des Persuaders qui m’ont formé à l’outil.

Toutefois, Facebook est beaucoup plus intuitif que Twitter, c’est moins polémique et plus de la sphère personnelle donc c’est un peu différent. Mais je conseille de se faire accompagner par un professionnel pour comprendre les bonnes pratiques et vérifier que le post ou le tweet est conforme à la morale.

Ensuite, c’est un peu comme jouer au tennis contre un mur : on trouve un adversaire à sa taille, on peut poster des choses différentes, répondre aux commentaires, interagir, s’amuser avec l’outil. Cela m’a amené à avoir un ordinateur coupé en 2 avec à gauche, Facebook, Twitter, et, à droite, mes emails pour garder toujours un œil dessus. Je vois tout ce qu’il se passe, cela ne me quitte jamais. Et donc un accompagnement est absolument nécessaire.

Les erreurs arrivent vite et peuvent coûter cher lorsque l’entreprise a une forte notoriété. Après avec son intelligence, son intuition, on apprend de ses erreurs mais il faut faire en sorte qu’elles soient les plus petites et les plus limitées possible. D’où l’intérêt d’être accompagné par un professionnel.

C’est quand la mer se retire que l’on voit ceux qui ont un maillot. Donc il est bien de partir avec son maillot !

En quoi les médias sociaux peuvent-ils être vecteurs de business et de personal leadership aujourd’hui ?

Au niveau business, il est évident que Facebook permet aujourd’hui aux agences du réseau de faire des ventes en direct via de la publication d’annonces avec des campagnes extrêmement ciblées sur des consommateurs potentiellement intéressés par l’annonce. Cela nous permet de sortir des logiques de portail traditionnelles dans l’immobilier. Aujourd’hui, certaines personnes ne vendent plus leur maison ou leur appartement dans le réseau qu’avec des campagnes de pub Facebook. C’est un élément important. De plus, cela a renforcé la communication avec le consommateur car le vendeur est informé en permanence du nombre de likes, des commentaires… et a ainsi plus d’informations à apporter au client-vendeur qu’une annonce traditionnelle.

Je tourne mon pouce 7 fois avant de tweeter

Mais un dirigeant doit-il profiter des réseaux sociaux pour véhiculer une image de leader ?

S’il n’a pas l’image de leader, Facebook ne changera rien. Certains dirigeants ne sont pas plus leaders via Facebook ou Twitter mais ils n’en restent pas moins de bons dirigeants. Il ne faut pas être manichéen. Ce n’est leur style tout simplement. Tout le monde n’est pas Alexandre le Grand.

Moi, je suis un homme libre, qui dit les choses. Je dois effacer à peu près 5 tweets sur 10 avant de les envoyer. Je tourne mon pouce 7 fois avant de tweeter. Et je me dis : non, ça, je ne peux pas le dire parce que ça peut être mal interprété, mal construit ou nuisible pour la marque. Mais je m’autorise quand même des choses qui sont décalées. J’ai vu récemment quelques informations qui m’ont choqué. Par exemple, lorsque Ségolène Royal a jugé sexiste une remarque la visant et affirmant qu’elle était encombrante. Or cela n’a rien à voir avec le sexisme, c’est plus une façon de faire du buzz pour du buzz. Lorsque Yann Moix a déclaré qu’Emmanuel Macron était trop jeune pour la fonction, j’ai réagi en demandant quel âge avait Kennedy.

Vous ne tweetez pas qu’à propos de Century 21 ?

Majoritairement mais pas que. J’ai tweeté sur Federer et ses 20 titres de grand chelem. Je me suis amusé aussi avec la Maire de Paris et la crue de la Seine. Mon compte plaît car il est vivant, humain, il comporte même des fautes d’orthographe, quelques erreurs…

Cela m’amuse. C’est la 1re fois dans l’histoire de France qu’un dirigeant de société est à égalité avec un ministre pour polémiquer sur un sujet à savoir la loi de Cécile Duflot. Nous nous sommes écharpés via Twitter. Il y a 10 ans, seuls les ministres étaient visibles, les dirigeants, eux, étaient inexistants. Twitter est un vrai outil d’interactions. On peut interpeler et interagir. C’est un vrai outil mais il faut apprendre à le maîtriser comme n’importe quel outil. Et surtout ne jamais acheter de followers ! Je déteste cela et il faut mesurer le nombre de comptes certifiés qui vous suivent et vous retweetent.

J’ai la chance d’avoir Nikos Aliagas et Denis Brogniart qui me suivent et donc quand ils me retweetent, cela me donne une visibilité incroyable. Ce sont des influenceurs. Et je fais tout en live sauf pour les conférences de presse où tout est prêt en amont.

Un grand merci à Laurent Vimont d’avoir pris le temps de répondre à nos questions entre 2 tweets !

 

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